Diffusion en cours

CYRANO de Edmond Rostand (Cie de la jeunesse aimable)
Genre: 
Théâtre
Cie de la jeunesse aimable, co-production Théâtre Anne de Bretagne-Vannes, théâtre de la Coupe d'Or-Rochefort avec la participation du JTN.
Durée: 
2h30
  Mise en scène   Lazare Herson-Macarel Scénographie : Ingrid Pettigrew Costumes : Alice Duchange Lumière : Jérémie Papin Régie générale : Thomas Chrétien Collaborateur artistique : Philippe Canales Avec : Eddie Chignara – Cyrano Joseph Fourez – Christian Morgane Nairaud – Roxane Julien Campani – De Guiche Céline Chéenne – La D uègne, Carbon de Casteljaloux Philippe Canales – Le Bret David Guez – Ragueneau ........... Distribution en cours
Résumé

POURQUOI CYRANO?

Parce que donner cette pièce, c’est toujours donner une fête populaire au véritable sens du terme, fête qui rassemble les gens les plus différents pour un festin de mots, d’intelligence, d’énergie vitale, de dépense improductive. Parce que ce texte est une expérience de jubilation pure, tant pour l’acteur que pour le spectateur – et que cette jubilation propre au théâtre est un premier pas vers l’action.

Parce que la figure même de Cyrano nous inspire la liberté, l’insolence, l’insoumission, le désir d’insurrection pour un monde meilleur, le refus des compromissions, des paresses intellectuelles et des résignations – toutes choses dont notre société oublie petit à petit qu’elles sont possibles. Parce que Cyrano est une grande pièce de troupe. Après une liste de quarante-cinq personnages, on peut lire sur la page de garde : « La foule, bourgeois, marquis, mousquetaires, tire-laine, pâtissiers, poètes, cadets, gascons, comédiens, violons, pages, enfants, soldats espagnols, spectateurs, spectatrices, précieuses, comédiennes, bourgeoises, religieuses, etc. » La profusion essentielle de la pièce commence là. Elle dit quelque chose du théâtre que nous voulons faire. C’est une forme de résistance politique que de réunir, quel qu’en soit le prix, dix acteurs au plateau. C’est beaucoup pour le monde d’aujourd’hui, c’est peu pour jouer Cyrano.
 

Parce que j’ai rencontré Eddie Chignara. C’est un acteur-monde, un ogre de théâtre, un travailleur acharné, un rythmicien génial, doué d’une palette de jeu sans limites connues, doué surtout de cette générosité essentielle qui le fait toujours dépasser l’horizon d’attente des spectateurs. Il est pour moi une incarnation du théâtre populaire, par l’exigence qu’il a envers lui-même, par sa joie communicative, par le caractère héroïque de l’énergie qu’il offre, et surtout par une certaine manière de faire confiance à l’intelligence du spectateur. Je sais Eddie Chignara capable de marquer l’histoire du rôle. Depuis qu’ils l’ont vu jouer Shakespeare, Feydeau, Schwartz ou Sophocle, ses contemporains le savent capable de grandes choses, et attendent avec impatience sa révélation – ce qui est exactement le cas de Cyrano au début de l’acte I… Parce que je crois qu’il est possible de donner de la pièce une lecture politique radicale, profonde, sans concessions. Si Cyrano n’est qu’un conte pittoresque, folklorique, brillant et national, oublions-le. En revanche, nous pouvons rendre palpables pour le spectateur d’aujourd’hui l’héroïsme de Cyrano et la mélancolie de Rostand – l’héroïsme de Rostand et la mélancolie de Cyrano.

Loin des cours et des salons, loin d’un art immédiatement reconnaissable et tristement satisfaisant, nous pouvons défendre grâce à Cyrano de grandes idées de théâtre : la nécessité de porter un masque pour dire la vérité, le valeur inestimable des mots comme musique et comme offrande, le désir de retrouver le paradis perdu, la vertu de la désobéissance. Je rêve la mise en scène de Cyrano comme l’occasion de rendre Rostand à cet idéalisme essentiel qui dépasse de très loin les satisfactions poétiques, rhétoriques et militaires. Grâce à lui, aujourd’hui, nous pouvons défaire et détruire un malentendu majeur : le théâtre n’est pas un artifice – c’est le dernier refuge de la réalité.

Pas de fioritures, pas d’illustration, pas de couleur locale, pas d’ornementation inutile : la scénographie empruntera surtout à l’univers du théâtre, qui a traversé le temps depuis l’époque du véritable Cyrano : gradins, tréteaux, servante, lustres, rideaux, praticables, découvertes... Liberté de l’anachronisme, de l’onirisme, dans le choix des accessoires et des costumes - la pièce est essentiellement une grande oeuvre baroque. C’est forts de l’expérience du Nouveau Théâtre Populaire (et avec une partie de sa troupe) que nous proposons ce spectacle au public le plus large : nous aurons le strict nécessaire pour garantir la clarté de la fable et la liberté des acteurs. Acteurs d’âges et de formations différentes, une véritable troupe qui est au théâtre ce que les cadets de Gascogne sont à l’art militaire - des enthousiastes pleins de courage, capables de faire beaucoup avec peu. Après avoir mis en scène le Falstafe de Novarina, je reste convaincu de sa définition de la représentation au théâtre comme «cathédrale de souffle», comme architecture respiratoire. L’alexandrin de Rostand, vif, imprévisible, décomposé jusqu’au vertige, nous engage à un travail d’une grande rigueur musicale. Les actes I et IV (l’acte du théâtre et celui de la guerre) doivent devenir des polyphonies légères et puissantes, rythmiquement irréprochables, de purs instants de virtuosité.

Mais cette virtuosité ne suffit pas. Nous ne devons jamais nous en contenter. Les morceaux de bravoure dont la pièce est truffée ne sont pas tout, et m’intéressent plutôt moins que les défauts, les faibles, les élans de tous ces personnages. Tant pour jouer Cyrano que les figures qui l’entourent, il faut rester perpétuellement attentif à ce que j’appellerais «l’épaisseur du jeu».
«Je n’aimais qu’un seul homme et je le perds
deux fois.» Laisser deviner les êtres vivants, complexes, nuancés, volontaires, qui portent l’alexandrin comme on porte un masque, qui ne font de l’esprit que par pudeur. C’est le seul moyen d’arracher Cyrano à son aspect folklorique, patrimonial, vieillot, et politiquement inoffensif. Ni reconstitution historique, ni transposition formelle, ce spectacle doit être une fête populaire, exigeante, contrastée, lumineuse et grave.

Lazare Herson-Macarel

Photos
Calendrier

THEATRE JEAN VILAR-SURESNES(92) : vendredi 10, samedi 11 à 21h, dimanche 12 à 17h, mardi 14 novembre à 21h

THEATRE CHEVILLY LA RUE- ANDRE MALRAUX (94) : vendredi 17 novembre à 19h30.

THEATRE DE LA COUPE D’OR-ROCHEFORT(17) : mardi 21 à 20h30, mercredi 22, jeudi 23 à 19h30, vendredi 24 novembre à 20h30

THEATRE DE CACHAN- JACQUES CARAT (94) : mardi 28 novembre à 20h30

THEATRE D’ANGOULÊME (16) : mardi 5 à 20h30, mercredi 6 à 20h30, jeudi 7 à 19h30, vendredi 8 (option) décembre.

THEATRE DE PONTAULT-COMBAULT...